Gaspillage alimentaire en restauration collective

D’où vient le gaspillage

Le gaspillage alimentaire en restauration collective se forme à plusieurs moments, de la préparation des repas jusqu’au retour des plateaux. Distinguer les aliments écartés en cuisine de ceux qui n’ont pas été servis et des restes d’assiette permet de repérer les causes observables. Le pain et les aliments proposés en libre-service constituent aussi des flux à part, car ils ne suivent pas toujours le même parcours que les plats servis à table. Les erreurs de prévision, l’organisation du repas et les conditions de service peuvent expliquer une partie de ces pertes.

Restes de production et restes d’assiette

Les pertes de préparation apparaissent avant le service : épluchures de légumes, parures de viande ou de poisson, morceaux retirés lors du nettoyage et produits abîmés au déconditionnement. Elles relèvent des opérations de cuisine, contrairement aux repas cuisinés puis non distribués, qui restent en bacs ou en plats à la fin du service. Ces deux flux sont des restes de production, mais leur origine diffère : le premier accompagne la préparation des ingrédients, le second traduit un écart entre la quantité produite et la demande servie.

Les restes d’assiette correspondent aux aliments que les convives laissent après le repas : plat principal, accompagnement, entrée ou dessert. Le pain laissé sur les tables ou rapporté sur les plateaux doit être repéré distinctement, car il peut être distribué à part et ne se mélange pas nécessairement aux retours de plats. Dans un service en libre-service, les aliments présentés en vrac — par exemple un saladier de crudités ou un plat commun — forment également un flux spécifique : une partie peut rester dans le contenant sans avoir été servie, tandis que des portions reviennent des assiettes.

Le suivi distingue ainsi trois points de comptage : les pertes de préparation, les repas produits mais non servis et les restes d’assiette. Le pain et les aliments présentés en vrac sont identifiés séparément pour éviter de les confondre avec les plats préparés ou consommés. Cette séparation rend les origines des pertes plus lisibles, notamment entre ce qui est écarté en cuisine et ce qui revient de la salle.

Les causes principales

Les pertes visibles s’expliquent souvent par plusieurs facteurs qui se cumulent. Les liens les plus fréquents entre organisation du service et aliments jetés sont les suivants :

  • Un effectif prévu supérieur au nombre réel de convives laisse davantage de repas préparés sans preneur à la fin du service.
  • Des portions standard trop généreuses pour certains âges ou appétits entraînent des restes réguliers dans les assiettes, surtout sur les accompagnements.
  • Un menu peu apprécié se remarque par des plats largement délaissés, même lorsque les quantités servies correspondent aux portions prévues.
  • Un temps de repas court réduit le temps disponible pour manger ; les convives quittent alors la table avec une partie du plat intacte.
  • Un réchauffage mal maîtrisé ou un maintien prolongé en température peut dessécher les préparations et dégrader leur texture, laissant davantage d’aliments non consommés.

Ces effets ne se manifestent pas tous au même endroit : les erreurs d’effectifs se traduisent surtout par des plats non servis, tandis que les portions et l’appréciation du menu se lisent dans les retours de plateaux. Les défauts liés au réchauffage apparaissent plutôt sur la qualité des préparations au moment du service. L’observation des pertes par type d’aliment aide ainsi à relier les restes constatés à leur cause probable.

Mesurer avant d’agir

Un diagnostic du gaspillage alimentaire en restauration collective doit précéder tout plan d’action : il établit une situation de départ mesurable. La loi EGalim du 30 octobre 2018 a rendu ce diagnostic obligatoire pour la restauration collective publique. Une pesée régulière permet de rapprocher les quantités jetées du nombre de repas servis et de comparer les résultats entre menus. L’ADEME publie des guides et des outils de diagnostic adaptés à la restauration collective.

Le diagnostic par pesée

Pour obtenir des résultats exploitables, définissez les postes à peser et gardez la même méthode pendant plusieurs jours de service. Une balance vérifiée, des contenants tarés et une fiche de relevé limitent les erreurs ; notez aussi le menu servi et le nombre réel de convives à chaque repas.

  • Séparez les déchets selon des catégories stables, par exemple pertes de préparation, surplus non servis et restes d’assiette ; gardez ces mêmes catégories sur toute la période observée.
  • Pesez les contenants après avoir soustrait leur tare, puis inscrivez le poids brut et le poids net pour chaque poste, sans mélanger les flux.
  • Réalisez les relevés sur plusieurs jours comparables, idéalement une semaine de service, afin qu’un menu inhabituel ou une journée à faible fréquentation ne fausse pas le constat.
  • Comptez les repas effectivement servis, et non le nombre de places ou de réservations ; consignez séparément chaque service si les effectifs diffèrent entre le déjeuner et le dîner.
  • Calculez, pour chaque poste, le poids total en grammes divisé par le nombre de repas servis, puis comparez les résultats avec ceux du menu précédent.

Le relevé doit permettre de retrouver chaque chiffre : date, menu, effectif, poste pesé et poids net. Une fiche papier ou un tableur suffit, à condition de conserver les mêmes unités et les mêmes règles de tri d’un jour à l’autre. Pour comparer deux menus, rapprochez les résultats par poste et vérifiez que le nombre de convives ainsi que la durée de mesure sont comparables. Un écart marqué sur un poste indique où approfondir l’observation, sans conclure automatiquement à une cause unique. Croisez le résultat avec la composition du menu, les quantités préparées et les conditions du service ; cette lecture aide à choisir une action ciblée et à vérifier ensuite son effet par une nouvelle pesée.

Indicateurs en grammes par convive

L’indicateur usuel rapporte le poids d’un poste au nombre de repas servis : il s’exprime en grammes par convive et par repas. Le tableau présente des calculs fictifs pour montrer la méthode, et non des niveaux de référence.

Exemple de calcul des grammes par convive et par repas
Poste peséPoids mesuréRepas servisCalculRésultat
Pertes de préparation2 400 g1202 400 ÷ 12020 g
Surplus non servis3 600 g1203 600 ÷ 12030 g
Restes d’assiette4 800 g1204 800 ÷ 12040 g
Pain1 200 g1201 200 ÷ 12010 g

Gardez les postes séparés : un total global peut masquer celui qui pèse le plus dans les pertes. Comparez le même poste entre menus ou périodes, en indiquant les dates et les effectifs ; une hausse de 10 à 18 g par convive constitue un écart de 8 g, à examiner avant de fixer une priorité. Une baisse n’est comparable que si le nombre de repas et la méthode de pesée sont consignés de la même façon.

Réduire, donner, trier

La réduction du gaspillage alimentaire s’appuie sur des choix de service ajustés aux besoins réels des convives. Des gestes simples, comme proposer plusieurs tailles de portions ou servir le pain à la demande, limitent les restes sans modifier l’organisation du repas. Les surplus encore consommables peuvent être donnés à des associations, sous réserve de respecter les règles sanitaires et la chaîne du froid. Les biodéchets qui ne peuvent être évités ou donnés doivent ensuite être triés et orientés vers une filière adaptée.

Actions concrètes : portions, pain, réservations, menus

À chaque service, les modalités de distribution peuvent agir sur une source précise de restes. Le suivi des quantités servies et des retours permet ensuite de vérifier si le réglage fonctionne.

  • Proposez une petite et une grande portion pour les plats principaux : les convives choisissent une quantité adaptée et laissent moins d’aliments dans leur assiette.
  • Servez le pain à la demande, ou présentez-le sur un point de distribution : les tranches non prises ne restent pas sur les tables ni dans les assiettes.
  • Recueillez les réservations de repas, par exemple la veille ou selon le calendrier de l’établissement, afin de limiter les portions préparées pour des absents.
  • Faites goûter une petite quantité avant de servir un plat moins familier : les convives peuvent découvrir une recette sans recevoir d’emblée une portion entière.
  • Comparez les pesées des retours d’assiette selon les plats et les jours : un volume élevé pour une recette précise signale qu’elle mérite un ajustement.
  • Réduisez les quantités produites pour les plats régulièrement laissés, tout en conservant une marge de service : cette adaptation limite les surplus en fin de repas.
  • Planifiez les menus en tenant compte des retours des convives et des restes observés : une recette appréciée et bien consommée génère moins de déchets d’assiette.

Associer ces leviers permet d’adapter les portions et la production sans imposer la même quantité à tous. Les retours de pesée donnent un repère concret pour ajuster les menus suivants.

Don alimentaire et tri des biodéchets

Les surplus encore propres à la consommation peuvent être proposés à une association d’aide alimentaire plutôt que jetés. Une convention écrite précise les produits concernés, les volumes prévisionnels, les modalités de collecte et les responsabilités de chaque partie. Elle facilite aussi la coordination des horaires : les aliments doivent être récupérés dans des délais compatibles avec leur conservation et leur date limite de consommation.

Le don ne dispense pas l’établissement de respecter les règles sanitaires applicables à la préparation, au stockage et au transport. La chaîne du froid doit rester maîtrisée pour les denrées qui en ont besoin, avec des températures adaptées à leur nature et aux exigences réglementaires. Les produits doivent être protégés des contaminations, correctement identifiés et accompagnés des informations utiles à leur conservation et à leur consommation. Le personnel chargé de la remise et l’association bénéficiaire définissent ensemble un circuit de collecte fiable.

La loi du 11 février 2016, dite loi Garot, s’inscrit dans la lutte contre le gaspillage alimentaire et a notamment encadré le devenir des invendus alimentaires de la grande distribution. La loi EGalim du 30 octobre 2018 a étendu les conventions de don aux opérateurs de restauration collective préparant plus de 3 000 repas par jour. Pour les établissements concernés, la convention formalise l’organisation du don des surplus et les conditions de leur remise aux associations.

Après prévention et don, les déchets alimentaires restants relèvent du tri à la source des biodéchets. La loi AGEC n° 2020-105 du 10 février 2020 rend ce tri obligatoire pour tous depuis le 1er janvier 2024. Les restes alimentaires doivent être séparés des ordures résiduelles, puis orientés vers une solution de valorisation adaptée, telle que le compostage ou la collecte dédiée lorsqu’elle est disponible. Un bac identifié et un emplacement accessible facilitent le geste en cuisine et au débarrassage.

L’ordre des priorités est déterminant : prévenir le gaspillage en ajustant le service et la production, organiser le don des surplus encore consommables, puis trier les biodéchets inévitables. Cette hiérarchie réserve la valorisation aux déchets qui n’ont pu être évités ni redistribués.

Prioriser les actions : prévenir le gaspillage, organiser le don, puis trier les biodéchets

La réduction du gaspillage alimentaire passe avant toute autre voie : un repas non préparé mobilise moins de denrées et de ressources qu’un repas excédentaire. Lorsque des surplus restent consommables malgré une production ajustée, le don permet de les orienter vers des bénéficiaires plutôt que de les jeter. Cette démarche demande une organisation claire entre la cuisine, les responsables du don et les structures destinataires, notamment pour convenir des quantités et des modalités de collecte. Les biodéchets qui ne peuvent être évités ni donnés sont ensuite triés afin d’être valorisés dans une filière adaptée. Cette hiérarchie place la prévention en premier, le don en deuxième et le tri en dernier recours.